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Audit RH : 3 signaux qui montrent qu'il est temps d'agir

Interview de Denis Simon, consultant RH chez MG Consultants, par Coline Gaffé

Dans le monde agricole, nous attendons souvent que la situation se complique pour agir. Pourtant, certains signaux, discrets au départ, méritent que nous nous y arrêtions bien avant d’en arriver là. Denis Simon, consultant RH chez MG Consultants, cabinet RH spécialisé dans le secteur agricole, nous partage les trois indicateurs qu’il retrouve le plus souvent chez les dirigeants qui font appel à eux. Et son message est clair : mieux vaut anticiper que subir.

Coline : Denis, commençons par une question directe. Pourquoi les dirigeants attendent-ils souvent d’être en difficulté avant de demander un audit RH agricole ?

Denis : « C’est très humain. Quand tout va bien, nous ne touchons pas à ce qui fonctionne. La remise en question est difficile en période favorable et c’est compréhensible je vous dirais. Le vrai problème, c’est qu’anticiper demande un effort de projection que peu de dirigeants prennent le temps de faire. Il faut imaginer plusieurs scénarios possibles, et accepter que nous ne saurons jamais avec certitude lequel se réalisera. C’est inconfortable. Alors nous reportons. Et parfois, nous reportons trop longtemps. »

Avant d’agir, il faut comprendre. C’est le point de départ de tout audit des ressources humaines bien exécuté.

Deux exemples concrets pour illustrer :

Une startup agricole en pleine levée de fonds faisait face à une croissance rapide sans structuration claire des rôles de chaque collaborateur, y compris de son dirigeant. Un travail d’audit a permis d’analyser le fonctionnement des équipes, de redéfinir un organigramme cohérent avec les ambitions de l’entreprise, et de poser les bases d’un plan de recrutement et de formation réalist

Signal n°1 : La performance économique se dégrade

Coline : Quel est le premier signal d’alerte que tu identifies le plus souvent ?

Denis : « La dégradation des performances économiques. Ça peut toucher le développement de l’entreprise, sa rentabilité, sa trésorerie. Et c’est souvent là que tout commence. »

Coline : Pourquoi ce signal est-il si préoccupant ?

Denis : « Parce qu’une entreprise ne résiste que si elle a du cash. Nous pouvons avoir un beau projet, une bonne équipe, un marché porteur, mais si la trésorerie n’est pas au rendez-vous, l’entreprise ne tient pas. Ce que j’observe, c’est qu’il y a souvent une vraie difficulté à développer une culture du cash dans les structures agricoles. Quand la situation se dégrade, les signaux existent, parfois c’est même le banquier qui les alerte en premier, mais les dirigeants ne savent pas toujours par où commencer pour redresser la barre. »

Coline : Tu as un exemple de ce que ça peut donner concrètement ?

Denis : « Oui. Nous avons accompagné une entreprise dont une partie de la gouvernance s’inquiétait d’une baisse d’activité persistante. Ils nous ont demandé de faire un audit complet de la situation. À l’issue de cet audit, des décisions importantes ont été prises, des changements en profondeur auprès de la direction, la mise en place d’un manager de transition et nous avons ensuite été sollicités pour les accompagner dans la définition de leur nouvelle stratégie. C’est cet audit qui a rendu les décisions possibles. »

Coline : Et si on ignore ce signal ?

Denis : « C’est prendre le risque de ne plus être là demain. Ne pas agir, c’est laisser la situation se dégrader jusqu’au point de non-retour. »

 

Signal n°2 : Les équipes ne sont plus alignées avec le projet d’entreprise

Coline : Quel est selon-toi, le deuxième signal ?

Denis : « Le manque d’adhésion des collaborateurs. Soit parce que le projet d’entreprise n’est plus clair pour eux, soit parce qu’il n’en existe tout simplement pas. »

Coline : Comment est-ce que cela se manifeste concrètement ?

Denis : « Par trois indicateurs principaux : du turnover, une baisse de la performance commerciale, et un climat social tendu. Ces trois éléments ensemble, c’est un signal fort. Ça dit que le projet d’entreprise s’est essoufflé et qu’il est temps de le remettre à plat. »

Coline : Tu as déjà eu affaire à cette situation ?

Denis : « Oui. En prenant la direction d’une coopérative qui traversait de vraies difficultés économiques et managériales. Les équipes n’étaient pas en ordre de marche. Au bout de six mois, j’ai dit au président qu’on ne pouvait pas rester comme ça. Nous avons lancé un travail de fond sur le projet d’entreprise, plusieurs mois de réflexion collective, avec des groupes de salariés, des cadres, des administrateurs. Et nous nous sommes fait accompagner. À l’issue de cet accompagnement, nous avons reconstruit un projet partagé, pas révolutionnaire, mais qui remettait les équipes en mouvement. En parallèle, un projet managérial a vu le jour. Et nous avons intégré une démarche stratégique continue, révisée chaque année. Cette coopérative est aujourd’hui regardée comme un exemple dans son environnement. »

Coline : Comment tu résumerais l’enjeu humain de ce signal ?

Denis : « Imaginez une moisson où chaque opérateur travaille à son propre rythme, sans coordination. Même avec le meilleur matériel, vous perdez du temps, de la qualité, et parfois la récolte. En entreprise, c’est la même logique : ce ne sont pas toujours les équipes les plus talentueuses qui performent le mieux, ce sont celles qui avancent dans le même sens. »

Signal n°3 : L’entreprise change de dimension et l’organisation ne suit pas

Coline : Et le troisième signal ?

Denis : « C’est le moment où une entreprise change de paradigme, connait une croissance rapide, un projet de développement important, une opération de croissance externe. Ces phases sont enthousiasmantes, mais elles posent une vraie question : est-ce que l’organisation est prête à porter ce projet ? Est-ce que les équipes sont au bon niveau pour accompagner cette nouvelle ambition ? »

Coline : Que se passe-t-il si l’entreprise ne se pose pas les bonnes questions ?

Denis : « Et bien la construction se fait sur des bases fragiles. Le projet avance, mais l’organisation craque en cours de route. Et c’est souvent là que nous nous retrouvons en difficulté. Non pas parce que l’idée était mauvaise, mais parce que les fondations humaines n’étaient pas solides. »

Coline : Tu as un exemple de comment un cabinet comme MG Consultants peut intervenir dans ce contexte ?

Denis : « Nous avons accompagné une entreprise en phase de forte croissance, qui devait rassurer ses actionnaires et ses financeurs. La mission portait sur l’audit complet des équipes : entretiens approfondis, tests de personnalité, recommandations d’organigramme. À partir de là, l’entreprise a lancé des recrutements de cadres ciblés pour porter son projet. Cet audit a été le point de départ de leur déploiement.

Pourquoi faire appel à un cabinet externe ?

Coline : Dans ces trois situations, pourquoi un cabinet externe est-il pertinent plutôt qu’une analyse en interne ?

Denis : « Parce qu’un regard extérieur est à la fois neuf et neutre. Mais surtout parce qu’il faut un cabinet qui connaît vraiment votre secteur. Par exemple, la valeur ajoutée de MG Consultants, c’est cette double compétence : nous connaissons les métiers du monde agricole, pour beaucoup d’entre nous, nous les avons même pratiqués, et nous maîtrisons la dimension ressources humaines. Or, c’est cette dimension qui est souvent la plus déterminante dans la réussite ou l’échec d’un projet. Ce sont les hommes et les femmes qui font une entreprise. C’est une matière que nous connaissons bien, et que nous prenons vraiment au sérieux.

Conseil RH par Denis Simon

Coline : Si un dirigeant lit cet article et se dit « c’est exactement ma situation », qu’est-ce que tu lui dirais ?

Denis : « Que le rôle d’un dirigeant, ce n’est pas de tout faire soi-même. C’est de prévoir et de faire faire. Ça demande une vision claire sur la direction que l’on veut donner à l’entreprise et cette vision ne se construit pas dans l’urgence du quotidien. Elle se travaille, elle se partage avec les équipes, elle s’actualise régulièrement. Et pour ça, avoir un partenaire externe qui apporte la méthode et le regard neutre, c’est souvent ce qui fait la différence. La bonne démarche, c’est d’intégrer la réflexion stratégique au pilotage de l’entreprise et non de l’activer seulement en cas de crise.